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Fig. 1 Le site d’Argilos à l’avant-plan, avec vue vers le delta du Strymon et le Mont Pangée.

La mission d’Argilos a repris ses activités de terrain cet été avec une courte campagne de fouille de 4 semaines au mois de juillet. Avec l’appui de l’Éphorie des antiquités préhistoriques et classiques de Serres, du personnel du musée d’Amphipolis, de l’équipe d’archéologues et d’ouvriers, ainsi que de la participation d’une vingtaine d’étudiants, les recherches se sont concentrées principalement sur le bâtiment « Q ». Il s’agit d’un long complexe d’habitations constituées de 13 unités situé derrière la zone commerciale de la cité. L’objectif principal était de vérifier l’état de conservation des sols dans les unités dont l’affleurement des murs avait été dégagé en 2019. Des sondages ont été pratiqués dans trois de ces unités.

Fig. 2 Vue aérienne du site, juillet 2021.

La première, Q6, de forme tripartite, est constituée d’une pièce oblongue sur le devant donnant accès à deux pièces mitoyennes à l’arrière. Les recherches se sont limitées à la pièce avant, où la moitié Est a été fouillée jusqu’au sol de l’occupation récente, celle qui a pris fin avec le passage de Philippe II en 357. Ici, les fouilleurs ont dégagé un petit réduit situé immédiatement à l’Est de l’entrée de la pièce Nord-Est. Quelques monnaies et de petits vases à vernis noir ont été trouvés sur le sol. Le seuil et les jambages latéraux de la pièce Nord-Est, tous en marbre, sont de très grande qualité et nous croyons que cette pièce servait d’andron, une hypothèse que nous espérons pouvoir vérifier à l’été 2022.

Fig. 3 Complexe « Q », pièce Q6, vue vers le Nord.

Fig. 4 Une partie de l’équipe des fouilleurs de la pièce Q6 (Chloé Fernandez, Justine Lefebvre, Kostas Konstantinis et Marina Ragheb).

La seconde unité, Q9, ne semble être constituée que d’une seule grande pièce rectangulaire. Un sondage a été effectué devant l’entrée de la pièce. Ici aussi les restes d’une baignoire ont été dégagés, ainsi qu’une meule « olynthienne » fragmentaire, plusieurs tuiles, et quelques fragments d’amphores.

Fig. 5 Une meule « olynthienne » trouvée cette année.

Deux équipes de fouilleurs ont participé au dégagement de l’unité Q13 qui ferme le complexe Q à l’Est. Celle-ci est composée de deux pièces qui s’ouvrent vers l’Est, contrairement à toutes les autres unités du complexe dont l’accès se fait par la rue qui longe la façade au Sud. D’ailleurs, ces deux pièces ne sont pas des habitations. Elles sont petites, et la découverte de couvercles circulaires de grandes jarres de stockage semble indiquer que ces pièces servaient de magasins.

Fig 6. Vanessa Choinière, Jérémy Scraire et Lander Chery devant les grands couvercles de jarres.

Des sondages ont aussi été effectués entre l’extrémité Est du bâtiment « Q » et la grande rue R1, voie principale du site qui mène, à partir du port, vers les bâtiments sur le flanc Sud-Est de la colline et qui devait sans doute suivre la colline jusqu’à l’acropole.

Deux autres opérations ont été effectuées, une dans la pièce Q2, l’autre dans la pièce P2. Dans les deux cas, il s’agissait de poursuivre la fouille sur des unités qui avaient été partiellement fouillées en 2019.

Fig. 7 Les équipes se préparent pour la fouille des pièces P2 et Q2.

Fig. 8 Elena Navarre dégage une cruche sur le sol de la pièce Q2.

La découverte la plus spectaculaire de la campagne 2021 demeure le dégagement de la totalité du bâtiment « P ». Ce complexe, qui se place dans le prolongement du bâtiment commercial « L » et dont les deux pièces les plus à l’Ouest avaient déjà été mises au jour en 2016, comprend 10 pièces. Tout porte à croire qu’il s’agit aussi d’un bâtiment à vocation commerciale, en tout cas c’est ce qui ressort de la fouille des pièces les plus à l’Ouest, P1 et P2.

Fig. 9 Vue aérienne du bâtiment P en cours de fouille.

Nous sommes donc en présence d’un complexe commercial des époques archaïque et classique tout à fait unique dans le monde grec ! Nulle part ailleurs, pour ces périodes, n’a été fouillé un groupe de 22 boutiques réparties en deux complexes dont l’architecture et les sols d’occupation sont aussi bien conservés. Si la construction du complexe « P » remonte, comme le bâtiment « L », au milieu du VIe siècle av. n.è., nous pourrons suivre l’évolution de l’architecture commerciale et de l’organisation des marchés publics pendant une période de deux siècles, de la construction des boutiques vers 550 av. n. è. à leur abandon à la suite du passage de Philippe II en 357 av. n. è.

Fig. 10 L’équipe Argilos 2021 !

Un grand merci à tous les membres de l’équipe 2021 !

Jacques Perreault
Professeur Titulaire, Université de Montréal; Co-directeur de la fouille